Le mot « confiance » est très présent dans les médias en cette période de rentrée surtout pour en dénoncer le manque chez nos concitoyens. Mais qu’en est-il réellement ? La confiance touche à notre existence quotidienne, aux relations interpersonnelles qu’elles soient familiales, professionnelles, de voisinage. Nous faisons tous confiance, même sans le savoir, car que serait notre vie si nous devions vérifier chaque information, examiner chaque personne et douter de tout ? Nous ne pouvons pas vivre sans faire confiance, même si nous nous défendons d’être naïfs et que nous nous enorgueillissons de ne pas « nous faire avoir ».
À qui faisons-nous confiance ?
Une étude d’Ipsos révélait fin 2024 que certaines professions continuent de bénéficier d’un capital de confiance assez élevé, il s’agit des médecins, scientifiques et enseignants, alors que politiciens et influenceurs sont en bas du tableau. Ce résultat peut surprendre car, de toute évidence, les publications de ces derniers sont beaucoup plus consultées que celle des scientifiques ! Les propos défaitistes sur le niveau scolaire ne semblent pas en accord avec la confiance accordée aux enseignants. Quant aux médecins, un nombre croissant de Français (45% d’après Les Échos) a déjà suivi les conseils de l’IA en matière d’automédication. Il y a bel et bien une incohérence entre ce à quoi nous accordons en théorie notre confiance et nos pratiques réelles.
En tant que chrétiens, notre réponse naturelle serait de dire que nous faisons confiance à Dieu, risquant d’être tout aussi incohérents que nos concitoyens ! Que signifie concrètement « faire confiance à Dieu » ? Comment pouvons-nous vivre cette confiance au quotidien ?
L’Évangile de la confiance
Les éditions Bibli’O ont publié récemment un petit livre écrit par Luciano Manicardi, membre de la Communauté monastique de Bose, en Italie : L’Évangile de la confiance. Je vous propose de le suivre dans son étude de ce sujet sous un angle particulier. À qui Jésus faisait-il, ou non, confiance ? Comment vivait-il cette confiance au quotidien ? Quelles leçons pouvons-nous en tirer ?
L’auteur aborde cette problématique d’une manière originale, en mêlant les apports des sciences humaines et les récits des évangiles. Il passe en revue plusieurs aspects du ministère de Jésus pour mieux comprendre son humanité mais aussi pour percevoir la qualité unique de sa relation de confiance avec son Père. La façon dont Jésus ancre sa confiance dans les Psaumes, qu’il cite abondamment, est une manière de s’appuyer sur la tradition de confiance du peuple d’Israël. Il ne s’agit pas d’une certitude rationnelle mais d’une foi-confiance qui nous permet, à la suite de Jésus, de nous en remettre à Dieu.
Demander et résister
Le courage de demander est aussi un fruit de la confiance car nous savons que Dieu connaît nos besoins mais qu’il nous encourage à exercer notre liberté en nous laissant les exprimer. Jésus appelle son Père « Abba » qui est un terme du cadre familial, de la confiance et que nous aussi pouvons utiliser.
C’est aussi dans le combat contre les tentations que s’exerce la confiance. Lorsque Jésus est tenté, il ne se défend pas avec ses propres mots mais avec ceux de la Bible (Mt 3.13–4.11 ; Mc 1.12-13 ; Lc 3.21-22 ; 4.1-13). Jésus « habite » l’Écriture, c’est un espace où il se déplace en toute liberté et confiance. La familiarité avec les textes bibliques est un atout puissant dans les moments d’épreuve et nous pouvons nous aussi la cultiver.
Accepter et accueillir
Jésus se conforme aux temps et à la volonté de Dieu, nous pouvons apprendre de lui à suivre le rythme de Dieu et à vivre l’instant présent comme un accomplissement.
Pour Jésus, la confiance en Dieu implique de croire que le Père l’aime et qu’il est venu pour sauver le monde et non pour le condamner. Jésus montre dans son humanité une grande confiance dans la vie, dans les personnes. Il exerce la liberté de celui qui ne se laisse pas intimider par les tabous culturels qui créent des discriminations, il dépasse la méfiance et la peur qu’un étranger peut provoquer. Il se laisse même bousculer par la foi de la femme syro-phénicienne qu’il a d’abord essayé d’écarter (Mt 15. 21-28 ; Mc 7. 24-30). Il suscite ainsi la confiance et reconnaît celle qu’on lui porte. Être nous-mêmes en confiance nous permet d’aborder sereinement les autres, même différents.
L’expérience de l’abandon
Jésus fait aussi l’expérience de l’abandon sur la croix et voit sa confiance en Dieu raillée par ceux qui l’ont crucifié. C’est à l’Écriture qu’il a à nouveau recours dans ce moment dramatique et citant les paroles du Psaume 22.2 : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? ». Jésus nous a précédé au plus profond de nos détresses et l’auteur nous rappelle qu’il connaissait aussi les versets 23 à 32 de ce même psaume qui clament la délivrance accordée par Dieu.
La confiance accordée
L’auteur relit ensuite plusieurs épisodes des Évangiles (le fils prodigue, la rencontre avec la Samaritaine, le paralytique porté par ses amis, le centurion, le haut fonctionnaire, etc.) sous l’angle de la confiance. Jésus sait reconnaître la foi de l’autre, surtout de l’étranger qui a accompli un chemin spirituel. Il remet ainsi en question nos propres repères et certitudes.
La méfiance fondée
Jésus s’est aussi montré méfiant, il dénonce la confiance placée dans les richesses, dans le statut social, dans l’appartenance ethnique. Il reconnaît l’hostilité qui lui est manifestée mais ne répond pas au mal par le mal. La confiance qu’il a en lui-même, grâce à sa relation privilégiée avec le Père, lui permet d’exercer une liberté, de déployer une force intérieure, une audace et une franchise qui se manifestent par l’anticonformisme. Il est insensible à la flatterie et à la complaisance et pose des gestes qui surprennent et déconcertent ses interlocuteurs. Au lieu de les attaquer, il leur ouvre de nouveaux horizons de sens et de vie en les appelant à se responsabiliser au lieu de se réfugier derrière la Loi ou Moïse. Et cet appel nous est adressé à nous aussi.
L’humanité de Jésus et notre humanité
L’auteur conclut par ses mots : Dans sa pratique d’humanité [Jésus] a su raconter le Dieu fiable et fidèle [… Elle] est également une source d’enseignement et d’inspiration pour tout être qui désire devenir plus humain. À la suite de Jésus, il ne peut qu’apprendre et mettre en pratique l’art de la confiance. Mettons-nous donc à l’école de la confiance pour vivre plus pleinement notre mission d’êtres humains !