Le 7 avril 2026, A Rocha organisait un webinaire intitulé « Les idées reçues sur l’écologie en Église ». L’intervenante Charlotte Mijeon – en fin de formation théologique et impliquée de longue date dans la réflexion écologique – en avait listé huit et y a apporté des éléments de réponse bibliquement fondés et fort pertinents. Voici un échantillon de l’échange de ce soir-là.
« La Bible ne parle pas d’écologie ! » C’est vrai, mais elle ne parle pas non plus du nucléaire ou des dangers de l’IA, ce serait anachronique de chercher ces phénomènes modernes dans un texte écrit il y a des milliers d’années. Par contre, la Bible souligne la communauté de destin entre les humains et le reste du vivant (voir l’histoire de Noé, par exemple) ; elle regorge d’enseignements sur la responsabilité de l’homme au sein de la création (Genèse 2.5, Apocalypse 11.18) ; les notions de modération, de sobriété – associées à l’équité (cf. Luc 12.16-21) – comptent dans les recommandations de vie chrétienne, et devraient nous garder de travers comme la surexploitation des ressources ou le consumérisme à outrance, par exemple.
« L’important c’est évangéliser, gagner des âmes, pas sauver la nature ! » Ce dualisme qui sépare l’âme et le corps est l’héritage du néo-platonisme, pas du christianisme ! Par son incarnation, Jésus a pleinement assumé la matérialité humaine. Matthieu 25.31-46 montre en termes très concrets ce en quoi consiste faire la volonté de Dieu. Et puis l’Évangile, c’est aussi la compassion, l’amour du prochain, préoccupation centrale dans l’écologie car les premiers à souffrir des dégradations de l’environnement sont précisément les plus vulnérables. L’écologie est une question de justice sociale avant tout, pas vraiment en contradiction avec ce à quoi nous appelle l’exemple du Christ…
« L’écologie, c’est adorer la nature, c’est une nouvelle religion ! » Tout d’abord, il ne faudrait pas amalgamer quelques courants extrémistes aux écologistes. Ensuite le Créateur lui-même a reconnu que toute créature avait une valeur en soi (le refrain de Genèse 1 « … Dieu vit que c’était une bonne chose… » le dit bien). Voir la main de Dieu en toute chose n’est pas du panthéisme (qui identifie Dieu et la nature), mais du panenthéisme (Dieu est présent dans sa création mais se déploie bien au-delà d’elle), et n’enlève rien à la confiance totale que nous avons en notre Seigneur et Sauveur. Relisons le psaume 148 : la louange de Dieu y est portée par le monde entier, et les humains n’interviennent qu’en dernier lieu dans ce vaste chant… Et dernier point : d’autres idoles ne concurrencent-elles pas – et peut-être plus fréquemment – l’adoration exclusive que nous devons à Dieu qu’un culte à la nature ? Pensons à l’amour de l’argent, par exemple, la préoccupation exclusive de notre réussite, l’image de soi-même aux yeux des autres, etc. ?!
« Puisque l’humain a été créé à l’image de Dieu, il a le droit d’exploiter la terre ! » Exploiter n’est pas surexploiter… Cette approche égoïstement utilitariste légitime une certaine vision du monde, et nie la possibilité de relations entre les humains et le reste du vivant autres que d’accaparement et de soumission. Or d’une part la terre appartient à Dieu (Psaume 24.1-2), et d’autre part, être créés à l’image de Dieu ne nous autorise pas à nous comporter comme des dieux, ou à nous considérer supérieurs aux autres vivants. Certes nous sommes les seules créatures pouvant nous auto-déterminer, ce qui nous donnait un rôle de médiateurs entre le monde et Dieu. Mais l’humanité a échoué, seul Jésus a pu jouer ce rôle. Le salut n’en est pas moins promis à toute créature (Ésaïe 40.3-5, Romains 8.19-23, etc.), la création entière attendant notre conversion. Nous sommes donc invités à une intendance respectueuse de cet environnement donné par Dieu.
« L’écologie, c’est de la politique ! » La politique est concernée par la vie de la cité, lieu d’exercice de notre vie chrétienne. Notre foi ne nous interdit pas d’observer et de réfléchir ! Que faisaient d’autre les prophètes de l’Ancien Testament si ce n’est dénoncer l’injustice, la corruption, le mépris des pauvres, etc. ? Les partis écolos n’ont pas le monopole de la réflexion environnementale. Dès 1961, le Conseil œcuménique des Églises définissait une théologie de la création. Tout ceci légitime pleinement la parole critique aujourd’hui lorsqu’elle est inspirée par l’amour du Créateur dont les belles œuvres sont bafouées, et l’amour du prochain qui souffre des dérèglements provoqués par une gestion humaine indifférente à la volonté du Créateur. « L’amour est aussi civil et politique », écrivait le Pape François dans son encyclique Laudato Si.
Ces quelques pistes pour alimenter notre réflexion en ces temps d’une polarisation extrême qui assèche toute réflexion posée et guidée par l’Esprit du Seigneur…
Commission Église verte